7 février 2019

Bloody Exquis Ado-Adulte

 

Merci aux participants et bonne lecture !

 

Intrigue n°1 

 

C’était une journée comme les autres en apparence. Pourtant, dès le réveil un sentiment étrange l’avait envahi. A présent, les événements de la veille lui donnaient des frissons dans le dos. Comment oublier ces images ? Du sang, des marées de sang… Il en avait la nausée. Mais il ne pouvait pas agir comme un lâche, il devait aller sur le terrain, affronter cette affreuse réalité… Après tout c’était son métier.

Le jeune homme a péri dans d’affreuses souffrances comme en témoigne la scène de crime. L’inspecteur observe finement la scène, la victime semble avoir lutté comme le montre le sang sur ses phalanges.

Une lutte acharnée contre la mort. A son âge, elle avait encore tant de belles choses à vivre, tant de personnes à aimer. Une bague à son annulaire laissait penser qu’elle était mariée. Quelque part, un proche allait bientôt être confronté à la disparition d’un être cher, à la douleur et à la séparation. Quel sale boulot il faisait !

Pourtant, il en avait rêvé. Profiler. Un métier qui lui tournait dans la tête depuis ses premières lectures de polar, et il avait commencé tôt. A 10 ans, il avait déjà écumé tous les Arsène Lupin. Puis les Sherlock Holmes. Puis les Agatha Christie. Bref, toute la bibliothèque de son grand-père, un passionné du crime et des enquêtes, y était passée. Sauf qu’entre les histoires au chaud au coin du feu et la réalité du terrain, il y a un pas qu’il avait du mal à franchir. Il s’y était fait au cours des années, car l’envie de résoudre les énigmes et la complexité du fonctionnement humain lui permettait de passer outre les horreurs qu’il pouvait rencontrer. Mais aujourd’hui, les quantités de sang lui avait déjà fait vomir ses tripes deux fois, et il n’était que onze heures du matin… Qu’est-ce que le tueur avait pu vivre pour en arriver à des actes pareils ? Cette question le hantait à chaque nouvelle enquête. Qu’est-ce qui pouvait pousser un humain à des crimes pareils ? Allez. Respirer, retrouver la sérénité, et se retrousser les manches. Les gars du labo étaient déjà passés, la PJ aussi, les nettoyeurs seraient bientôt là. Quand le sang aura disparu, ça ira mieux ! Durant ce monologue intérieur, Jeannot scrutait cette flaque rebutante. Les yeux dans le vague. Et alors lui apparut l’inimaginable : la flaque, telle qu’elle s’était étalée, dessinait un ange ! Prendre des photos. Vite. Dessiner le contour au sol. Il avait besoin que d’autres personnes puissent témoigner que ce n’était pas seulement une vue de son esprit ni un test de Rorschach. Plus il regardait, et plus il voyait des détails.  Il commençait même à se demander s’il ne reconnaissait pas celui peint au plafond de la chapelle voisine… Un ange… Et où était le cadavre ? La tâche était délimitée, bien nettement, aucune trace qui pourrait suggérer que le corps avait été traîné… Comme si la tâche avait été dessinée exprès, avec la précision d’un portraitiste. Oui cette mare de sang dessinait bien l’ange en question.

Cet ange, il l’avait déjà vu…Mais sa mémoire lui faisait défaut, il ne parvenait pas à se souvenir où cette figure angélique lui était apparue… ? Soudain, comme un flash en son esprit se dessina l’Abbaye du Mont-Saint-Michel !!! Cet ange, il ressemble à s’y méprendre à celui d’un des vitraux de l’Abbaye. Comment cette flaque de sang peut-elle figurer ce détail du vitrail ? Était-ce un effet de son imagination ? Un délire de son esprit dérangé ?

Peut-être, mais qu’importe, il devait en être sûr, voir de ses propres yeux.

L’homme s’habilla, prit un café fort sans sucre comme à ses habitudes, prit les clés  de la voiture et s’en alla. Sur le chemin, l’odeur du sang lui revint en mémoire, cette infecte odeur qui vous prend jusqu’à la gorge. Des gouttes de sueur s’écoulaient de son front jusqu’au cou. Des sueurs froides commencèrent à lui glacer le dos jusqu’à entendre les battements de son cœur… la nausée…cette fichue nausée plus présente que jamais lui caressa ses entrailles. Cette amie fidèle depuis des années montra à nouveau sa douce présence.

Candide, elle s’adressa à moi d’un curieux ton enfantin : « Qu’est-ce que tu fais là ? On ne t’a jamais dit que c’était mal de débarquer au beau milieu de réjouissances ? ». Jusque-là, je n’avais pas fait attention à ses mains rougeâtres, à son rouge à lèvres carmin dégoulinant, au papier-peint visqueux, à …

Je clignais des yeux. Les événements de la veille me revenaient en flash, s’attachaient au décor autour de moi … Me perturbaient en somme. Les oreilles encore bourdonnantes, je tentai de me concentrer sur les mots qui passaient ses lèvres, sans succès. Je n’avais vraiment plus envie de la voir.

Elle dut s’en apercevoir puisqu’elle me toucha l’épaule dans un geste de réconfort, et me demanda : « Tu vas bien, Jack ? ». Non, je n’allais pas bien. Mais, je suis un homme de métier, et je me résolus à prendre un ton léger avant de lui répondre d’un simple « Oui ». Puis, sans lui demander de répéter, je mis mon imper’, ma casquette à la Sherlock et lui avoua, d’un ton faussement contrit, que j’avais du boulot, du pain sur la planche, comme le disent les jeunes.

C’était toujours pareil : elle me l’avoua dans un demi-sourire ! Comment lui résister ?  Pourtant ce jour-là, il avait vraiment un je-ne-sais-quoi de terrifiant, une lueur cruelle au fond des yeux…

L’interrogatoire doit commencer. Mais comment aborder ce sujet lorsque l’on est soi-même concerné ? De vieilles images se bousculent dans sa tête, remontent à la surface telles la bouteille à la mer ; une bouteille qui, à la simple présence de quelques lettres, pourrait à jamais vous bouleverser.

Ces lettres, « RED IS DEAD », rappelèrent toutes les horreurs qu’il avait pu connaître à Torigny-sur-Vire. Des frissons lui parcoururent tout le long de son corps à l’idée même d’imaginer ce qui pouvait lui arriver. Mais même les effluves de l’océan ne pouvaient effacer l’odeur pestilentielle de la chaire putréfiée.

Il prit dans son sac une fiole de parfum et en disposa dans sa barbe. Il ne devait pas confondre chaire putréfiée et chère odeur des marées.

 

Intrigue n°2 

 

Le vieillard du coin de la rue, tout le monde le connaissait. Ça faisait des années qu’il vivait là, et il avait toujours été seul. Un vieil aigri, fallait pas approcher sa maison, tous les gamins qu’avaient tenté étaient repartis effrayés. Même son chien était terrifiant, prêt à attaquer le premier truc qui bouge. Pourtant à l’heure qu’il est, plein de gens se trouvaient chez lui, dans son jardin, sur le trottoir qui bordait la baraque. S’il voyait ça, il serait fou. Mais désormais il ne verrait plus jamais rien.

Le verdict était formel, ce n’était pas une mort naturelle. Sa santé avait toujours été relativement bonne, il ne souffrait d’aucune maladie. Ce n’était pas non plus un suicide.

Qu’est-ce qu’il s’était passé ? L’avait-on tué ??

On entendait son terrifiant chien hurler dans la maison, personne n’osait s’approcher, il était enfermé dans l’une des pièces du vieillard.

C’était sans compter avec Germaine ! AH ! Germaine et ses gâteries ! Elle est si généreuse ! Elle l’aimait tant son Auguste « le vieillard du coin » Elle ne supportait  pas l’idée qu’il parte sans elle…

Elle aurait préféré le…Enfin…pas si violemment !

Dans le jardin, les conversations tournaient autour de la soudaine disparition du vieillard. Mais ce qui intriguait le plus les habitants de quartier était de savoir d’où il venait. Cela faisait 50 ans qu’il vivait à Las almas, ce petit village au milieu de la pampa argentine, et pourtant on savait peu de lui et de ses origines…

Issu d’une famille de petits paysans il a toujours suivi la doctrine de son père qui, parfois alcoolique, le battait. Bien que ses origines le répugnaient, il refusait catégoriquement de quitter son petit village de campagne. Pendant bien des années, il resta dans la misère qui l’avait vu naitre. Sans cesse cloitré chez lui, souvent endetté ; les habitants du village sont allés jusqu’à supposer qu’il marchandait illégalement. Il fut autrefois un vieillard heureux au teint blafard, il aimait jouer avec les enfants du village et leur enseignait parfois quelques recettes de son savoir. N’ayant jamais eu de fils, ce qui ne le dérangeait d’ailleurs d’en aucun point, il appréciait  le calme, l’indépendance du petit village et la familiarité qu’il entretenait avec les habitants. Tout semblait sourire à la vie de ce pauvre homme mais toute histoire n’est pas faite que de rose. Le 31 octobre 1966 est une date qui marqua une descente aux enfers pour sa vie jusque-là paisible… Il vivait son existence en compagnie de sa femme, Isabelle avec qui il partageait la direction de la taverne du village qui grâce à l’attitude chaleureuse de ses propriétaires, devenait un lieu de ressourcement pour les gens du village. Il rentrait de son champ de maïs, qui marchait fort bien. Il était aux environs de 18h, à ses habitudes, son chien railleur se précipitait vers lui pour le rejoindre jouer au passage avec les oiseaux qui se posaient pour manger les graines de maïs ayant poussées prématurément. Après avoir regagné le village, il poussa le petit portillon de son jardin et remarqua que son chat, Hinou, un jeune chat chétif qu’il a recueilli, se tenait devant la porte de la chaumière, miaulant. Il remarqua quelque chose d’étrange : à ses habitudes, sa femme ouvrait toujours la porte au petit félin pour lui donner à manger et qui restait habituellement muet. L’homme pensa alors qu’elle avait été prise par un rendez-vous avec Gaimon, le boulanger du village pour acheter le pain pour le diner de ce soir. Cependant il savait que Gaimon ne travaillait pas le dimanche. Il toqua trois fois à la porte sans recevoir de réponse ; il sortit sa clé et ouvrit la vieille porte. Il entra et fut d’abord surpris par l’obscurité du petit salon. Son chien aboyait en direction du premier étage. On dit souvent que les animaux avaient le don de l’intuition. Son chat quant à lui restait cloitré sur le tapis du salon. Le vieil homme suivit alors le chien, gravit doucement les marches. Son chien s’arrêta devant l’échelle qui menait au grenier et ne semblait pas vouloir monter plus haut. L’homme, pris par la curiosité se précipita en haut.

La lumière était allumée, une forme humanoïde surplombait la pièce si bien qu’au moment où il la vit il sembla que le monde s’écroulait sous ses pas comme si toute sa pauvre existence ne fut jusque-là vaine…

Le pauvre type était déjà raide, il puait. Pas encore la mort, juste la merde. Mais qui avait bien pu avoir l’idée de venir se pendre chez lui ! Trente ans qu’il était là, peinard. Il avait bien travaillé son caractère et pris un gros chien gueulard. Personne pour venir lui casser les couilles. Le plus étonnant, c’est qu’il n’ait rien entendu.

Le type était de dos, en chemise blanche, bien fine, genre voyageur de commerce. On discernait le marcel en dessous. A ses pieds, une petite bûche bien fine était couchée. Juste assez grande pour que ses pieds nus puissent le tenir juste au-dessus de l’asphyxie. Les deux mains, attachées, étaient ruisselantes d’un vieux sang coagulé. Les salauds l’avaient attaché avec du fil de fer barbelé. Il était bien vivant au moment où ils l’avaient accroché. Il semblait qu’il se soit bien débattu, convaincu que son heure n’était pas encore venue. Peine perdue, les liens étaient lâches, mais bien scellés aussi. Pour lui faire mal, très mal, pendant qu’il se tenait dans un équilibre précaire sur son petit bout de bois et qu’il tirait, tirait fort sur ses poignets pour sauver sa peau. Il fallait un esprit bien tordu… ou une haine sacrément tenace, pour imaginer un truc pareil !

Par acquis de conscience, il fit le tour du cadavre pour voir la tête du guignol… merde, le grand Stef ! Il faisait peine à voir, la langue pendante, énorme et noire, sortant de sa trogne vieillie. Toutes ces années sans nouvelles, et voilà que son vieux poto réapparaissait en macchabée au beau milieu de son salon.

Et oui… Quelle drôle d’histoire ! Pourquoi dans le salon et pas dans le grenier ?

Juste au milieu comme le nez au milieu de la figure ; catastrophique !